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Jardin & Plantes

Débuter un compost sans odeurs, même sur un balcon

Bac à compost en bois dans un coin de jardin avec épluchures, feuilles mortes et lombricomposteur de balcon

Le compost a mauvaise réputation. Ça sentirait mauvais, ça attirerait les mouches, il faudrait un grand jardin. Trois idées reçues, trois fois faux. Un compost bien mené sent le sous-bois après la pluie, rien d’autre, et il tient sur un mètre carré de balcon.

Chez moi, les épluchures ne voient plus la poubelle depuis des années. Résultat : un sac gris qui part deux fois moins souvent, et un terreau gratuit, sombre et friable, pour les jardinières et le potager. La seule vraie difficulté du compost, c’est le démarrage. Une fois les deux ou trois règles de base comprises, il tourne presque tout seul. Ce sont ces règles que je vous donne ici, avec les pannes courantes et leurs remèdes.

La règle d’or : moitié vert, moitié brun

Tout repose là-dessus. Les déchets « verts » sont humides et riches en azote : épluchures, restes de fruits, marc de café, tontes de gazon, fleurs fanées. Les « bruns » sont secs et riches en carbone : feuilles mortes, carton brun déchiré, boîtes d’œufs, brindilles, essuie-tout. Les micro-organismes qui font le travail ont besoin des deux, en gros à parts égales en volume.

Les mauvaises odeurs naissent presque toujours d’un excès de vert : trop d’humidité, plus assez d’air, et la décomposition tourne à la fermentation. Ma routine est simple : chaque saladier d’épluchures versé dans le bac est aussitôt recouvert d’une poignée de brun. Je garde pour cela une caisse de feuilles mortes ramassées à l’automne et mes boîtes d’œufs déchirées en morceaux. Ce réflexe unique règle l’essentiel des problèmes avant qu’ils n’existent.

Ce qui va dans le bac, ce qu’on laisse dehors

Bienvenue

  • Épluchures et restes de fruits et légumes, crus ou cuits sans sauce
  • Marc de café avec son filtre, sachets de thé sans agrafe
  • Coquilles d’œufs bien écrasées
  • Fleurs fanées, feuilles mortes, petites tailles de plantes
  • Carton brun, essuie-tout et serviettes en papier non souillés de produits ménagers

On évite

  • Viande, poisson, produits laitiers et plats en sauce : odeurs et visiteurs assurés
  • Huiles et graisses, qui asphyxient le tas
  • Litières d’animaux, même dites compostables
  • Plantes malades et mauvaises herbes montées en graines

Et les agrumes, l’ail, l’oignon ? On lit partout qu’ils sont interdits. En petite quantité, ils ne posent aucun souci dans un compost classique. Seuls les vers d’un lombricomposteur les boudent : dans ce cas précis, on les limite. Quant aux coquilles d’œufs, elles se décomposent très lentement mais apportent du calcium ; je leur ai d’ailleurs consacré un article, car elles rendent bien d’autres services au jardin.

Couches de compost dans un bac : épluchures fraîches, carton brun, feuilles mortes et coquilles d'œufs écrasées
Moitié vert, moitié brun : chaque apport de cuisine se couvre d’une poignée de matière sèche.

Sur un balcon : le lombricomposteur

Pas de jardin ? Le lombricomposteur est fait pour vous. Des vers spécialisés, des Eisenia et non les gros lombrics du jardin, digèrent vos épluchures dans des plateaux empilés. Bien conduit, il ne dégage aucune odeur. Le mien a passé deux hivers dans un angle du cellier sans que personne ne devine sa présence. Il produit un compost très riche et un liquide brun, le « thé de vers », excellent engrais à diluer à un volume pour dix avant l’arrosage.

Pour démarrer, comptez environ 500 grammes de vers, souvent donnés par un voisin composteur ou vendus en ligne. Nourrissez peu au début, le temps que la colonie s’installe, et placez le bac à l’abri du gel comme du plein soleil : les vers travaillent bien entre 15 et 25 °C. Beaucoup de communes subventionnent l’achat du matériel, renseignez-vous en mairie avant de sortir le porte-monnaie.

Vous croiserez aussi le mot « bokashi » : un seau japonais où les déchets fermentent avec un son enrichi en micro-organismes. Il accepte viande et restes en sauce, ce qui est son grand atout, mais il ne produit pas un compost prêt à l’emploi, plutôt une matière à enfouir ou à confier ensuite à un vrai composteur. Pour débuter, je conseille plutôt le lombricomposteur, plus simple à comprendre et sans consommable à racheter.

Brasser, humidifier, patienter

Un compost, ça respire. Une fois par semaine ou tous les quinze jours, aérez les vingt premiers centimètres avec une petite fourche ou un aérateur à manivelle. C’est le geste qui fait toute la différence entre un tas qui vit et un tas qui croupit.

Si vous installez un bac au jardin, posez-le à même la terre, jamais sur une dalle, dans un coin mi-ombragé. Un lit de brindilles au fond assure le drainage, et les vers, cloportes et autres travailleurs de l’ombre monteront s’y installer tout seuls. Personne ne les invite, ils viennent, c’est leur métier.

Côté humidité, la référence est simple : une éponge essorée. Trop sec, rien ne bouge ; trop mouillé, ça s’asphyxie. Comptez ensuite six mois à un an pour obtenir un compost mûr, brun foncé, friable, où plus rien n’est identifiable. On le récolte par le bas du bac, et il file nourrir les tomates, les semis et tout ce que je raconte dans la rubrique jardin et plantes. Le marc de café, lui, peut même court-circuiter le bac et servir directement au pied des plantes.

Le truc de Colette : je coupe tout ce qui entre dans le bac en morceaux de la taille d’un bouchon de liège, jamais plus gros. La surface offerte aux micro-organismes double, la vitesse de décomposition aussi. Dix secondes de couteau qui font gagner des semaines.
Compost mûr, sombre et friable, dans une pelle de jardinage au-dessus d'un pot de tomate sur un balcon
Six mois à un an de patience, et les jardinières se nourrissent toutes seules.

Petits soucis, remèdes simples

  • Odeur d’œuf pourri : trop humide et trop tassé. Ajoutez deux poignées de brun, brassez, c’est réglé en quelques jours.
  • Moucherons : des restes de fruits à l’air libre. Enterrez chaque apport sous une couche de brun, ils disparaissent.
  • Rien ne se décompose : trop sec, ou morceaux trop gros. Un léger arrosage, un coup de couteau, et ça repart.
  • Fourmis installées : signe d’un tas trop sec, là encore. Humidifiez, elles déménagent.
  • Filaments blancs : de simples champignons décomposeurs. Aucun souci, ils travaillent pour vous.

Vos questions avant de vous lancer

Un compost attire-t-il les rats ?

Pas si vous excluez viande, poisson et laitages, et si chaque apport est couvert de brun. Un bac fermé avec un fond grillagé achève de les décourager.

Peut-on composter en hiver ?

Oui. Le froid ralentit tout, le tas semble en pause, mais continuez à l’alimenter : au printemps, la décomposition repart d’un coup et rattrape le retard.

Comment savoir si mon compost est prêt ?

Il est brun foncé, friable, sent la forêt, et vous n’y reconnaissez plus rien de ce que vous y avez mis. Dans le doute, laissez-le un mois de plus : un compost trop jeune peut brûler les racines des plantes fragiles.

Portrait de Colette Marchand
L'autrice
Colette Marchand

Passionnée d'astuces de grand-mère depuis toujours, Colette a grandi entre les bocaux de conserves de sa grand-mère Jeanne et le savon de Marseille de sa maman. Depuis plus de quarante ans, elle teste, note et peaufine les trucs du quotidien qui marchent vraiment : ménage au naturel, cuisine anti-gaspillage, jardin nourricier et petites économies pleines de bon sens. Sur Astuces Trucs, elle ouvre son carnet de famille et le complète au fil de ses essais — une astuce à la fois, toujours vérifiée dans sa propre maison.

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