Personne n’aime repasser. On croise des gens qui aiment cuisiner, jardiner, laver les vitres même ; je n’ai encore jamais rencontré quelqu’un qui allume son fer en chantonnant. Et pourtant, des heures s’évaporent chaque semaine derrière la planche, souvent pour des plis qui auraient pu ne jamais exister.
Car c’est bien le fond de l’affaire : un pli, ça se fabrique. À l’essorage, quand le tambour compresse le linge. Dans le panier, où il attend en boule. Sur le fil, quand on étend n’importe comment. Supprimez ces trois moments-là, et les trois quarts de votre repassage disparaissent avec eux.
Voici ma méthode, affinée au fil des années, pour un linge qui sort de la corde presque prêt à ranger.
Tout commence à l’essorage
Le réflexe habituel consiste à essorer au maximum pour gagner du temps de séchage. C’est précisément ce qui froisse. À 1 200 ou 1 400 tours par minute, le linge sort du tambour compacté, marqué de faux plis profonds. Pour les chemises, chemisiers et tissus fins, redescendez à 800 tours : le linge sort plus humide, certes, mais le poids de l’eau tire les fibres vers le bas pendant le séchage et efface une partie des plis tout seul.
Deux compléments à ce réglage. Ne surchargez pas la machine : si votre main ne passe plus au-dessus du linge, il y en a trop, et tout ressortira chiffonné. Et sortez le linge dans les dix minutes qui suivent la fin du cycle. Chaud, humide et comprimé, il prend des plis comme la pâte prend l’empreinte du moule.
Secouer, claquer : le geste oublié
Ma grand-mère claquait son linge avant de l’étendre, d’un coup sec qui résonnait dans la cour. Je fais pareil, et ce geste de dix secondes vaut des minutes de fer. Tenez la pièce par les coutures, claquez-la fermement deux ou trois fois dans l’air, comme on secoue un tapis. Le tissu se détend, les fibres se replacent, le vêtement retrouve sa forme.
Cela paraît trop simple pour être vrai. Essayez sur un torchon : étendez-en un secoué et un non secoué, et comparez au pliage. La différence saute aux yeux.

Étendre pour défroisser : pinces en bas, cintres pour le haut
La façon d’étendre décide de presque tout. Quelques règles qui changent la donne :
- les t-shirts et hauts en jersey se suspendent tête en bas, épinglés par l’ourlet : le poids tend le tissu, et les marques de pinces se cachent dans le pantalon ;
- les chemises vont directement sur cintre, en bois ou en plastique, jamais en fil de fer qui marque les épaules. Fermez le premier bouton, lissez le col et les poignets à la main ;
- les pantalons se pendent par le bas des jambes, bien alignés ;
- les draps et nappes se plient en deux sur le fil, bords ajustés, puis se lissent à plat de la main.
Laissez aussi de l’air entre les pièces. Un fil surchargé, où les vêtements se chevauchent, sèche mal et froisse ce que l’essorage avait épargné. Mieux vaut deux fournées espacées qu’une corde qui ploie. Bon. Il y a des jours pressés, je sais. Même ces jours-là, gardez au moins le cintre pour les chemises : c’est le geste au meilleur rendement de toute cette liste.
Ce lissage à la main sur tissu humide est un vrai repassage à froid : ce que votre paume aplatit maintenant, le fer n’aura pas à le faire demain. Et si vous séchez en intérieur, tous ces gestes valent autant ; j’ai d’ailleurs consacré un article à sécher le linge dedans sans odeur d’humidité.
Plier chaud : la règle d’or
Sitôt sec, sitôt plié. Un vêtement plié encore tiède se lisse tout seul sous le poids de la pile ; le même, abandonné deux jours dans le panier, devient un cas pour la planche. Si vous avez un sèche-linge, c’est encore plus vrai : ouvrez le hublot dès la sonnerie et pliez sur-le-champ, pendant que la chaleur assouplit les fibres.

La vapeur de douche et autres dépannages
J’ai longtemps cru, comme beaucoup, que la vapeur de douche était une légende de magazine. J’avais tort, à moitié.
Il reste les matins où la chemise voulue est froissée. Suspendez-la sur un cintre dans la salle de bain pendant votre douche, porte fermée : dix à quinze minutes de vapeur détendent les faux plis du coton fin et de la viscose. Sur du lin épais, en revanche, l’effet est presque nul, autant le dire franchement.
Autre dépannage : une brume d’eau au pulvérisateur, un lissage appuyé à plat de la main, et le vêtement finit de sécher sur cintre. Pour un col ou un pli isolé, le sèche-cheveux tenu à dix centimètres d’un tissu à peine humecté fait un petit fer d’appoint tout à fait honorable.
Choisir ses tissus, soigner le rinçage
On peut aussi prendre le problème en amont, au moment d’acheter. La maille, le jersey, la polaire, la laine ne se repassent tout simplement pas. Les mélanges coton et polyester froissent très peu. La popeline de coton, elle, exige le fer : on l’assume ou on l’évite. Quant au lin, il froisse noblement, c’est sa nature ; on l’aime ainsi ou on ne l’aime pas.
Dernier levier, le rinçage. Les adoucissants du commerce parfument mais ne défroissent rien, quoi qu’en dise la réclame. Un demi-verre de vinaigre blanc dans le bac assouplit réellement les fibres, sans odeur au séchage : je vous explique tout dans mon article sur l’adoucissant naturel au vinaigre, et vous trouverez mes autres routines dans la rubrique linge et vêtements.
Un dernier mot
Mon fer à repasser sort désormais deux fois par mois, pour les chemises des grandes occasions et les nappes brodées héritées de Jeanne. Tout le reste se joue sur le fil, en gestes qui ne coûtent ni argent ni vraiment de temps. Tenez une semaine avec ces habitudes : je serais bien étonnée que vous ressortiez la planche pour un t-shirt.
