Le rideau de douche a un talent rare : on le regarde tous les matins pendant dix minutes et on ne le voit jamais. Il faut un invité qui s’annonce, ou un rayon de soleil sous un certain angle, pour qu’apparaissent d’un coup les points noirs du bas et le voile jaunâtre des plis.
La bonne nouvelle, c’est qu’un rideau piqué n’est presque jamais bon à jeter. Il passe en machine, il en ressort net, et l’opération coûte le prix d’une demi-dose de lessive. Voici le pas-à-pas, avec les deux détails qui font toute la différence : les serviettes et le séchage.

Étape 1 : identifiez la matière avant de tout lancer
Regardez l’étiquette cousue dans l’ourlet du haut ; si elle a disparu, fiez-vous au toucher.
- Polyester (textile, souple, mat) : machine sans souci, c’est le cas le plus fréquent.
- PEVA ou EVA (plastique souple, un peu glissant, sans odeur forte) : machine possible en cycle délicat et à froid ou 30 °C maximum.
- PVC classique (plastique rigide, odeur marquée) : évitez le tambour, il se craquelle. Lavage à la main dans la baignoire.
Dans le doute, partez sur le programme le plus doux. Un rideau ne se répare pas s’il fond ou se fend.
Étape 2 : décrochez et prétraitez les zones noires
Retirez tous les anneaux — ils abîment le tambour et déchirent les œillets — et faites tremper les anneaux à part dans un fond d’eau vinaigrée pendant que la machine tourne.
Étalez le rideau dans la baignoire, côté sale vers vous. Sur les points noirs du bas, appliquez une pâte de bicarbonate : trois cuillères à soupe de bicarbonate pour une d’eau, étalée au doigt ou à la vieille brosse à dents, en insistant sur l’ourlet lesté. Laissez agir vingt minutes.
Pour un rideau blanc en polyester vraiment marqué, vous pouvez remplacer le bicarbonate par un bain de percarbonate de soude : une cuillère à soupe pour deux litres d’eau chaude à 40 °C, une heure de trempage. Sur un rideau de couleur, testez d’abord sur un coin bas, le percarbonate décolore certains pigments. Et pas de javel : elle jaunit les plastiques de façon irréversible et fragilise les fibres.
Étape 3 : en machine, avec deux ou trois serviettes
C’est l’astuce centrale, celle sans laquelle le lavage ne donne rien. Un rideau seul dans le tambour se colle à la paroi et tourne en bloc : aucun frottement, donc aucun décrassage. Ajoutez-lui deux ou trois vieilles serviettes-éponge claires, et elles feront tout le travail mécanique en le brossant pendant tout le cycle.
Le réglage :
- Programme délicat ou synthétique, 30 à 40 °C.
- Une demi-dose de lessive seulement — le surdosage laisse un film savonneux qui nourrit les moisissures suivantes.
- Deux cuillères à soupe de bicarbonate directement dans le tambour.
- 100 ml de vinaigre blanc dans le bac assouplissant : il agit au rinçage, dissout les résidus calcaires et neutralise l’odeur de renfermé.
- Essorage au minimum, 400 tours ou pas d’essorage du tout. Un essorage à 1 000 tours imprime dans le plastique des plis définitifs.

Étape 4 : le séchage, là où tout se gagne ou se perd
Jamais de sèche-linge, jamais de radiateur : le PEVA se rétracte et le polyester enduit perd son imperméabilité.
Sortez le rideau dès la fin du cycle, encore bien humide, et raccrochez-le immédiatement sur sa tringle. Tirez-le complètement déployé, d’un bout à l’autre, et laissez-le sécher ainsi, fenêtre entrouverte. Son propre poids lisse les plis en séchant : au matin, il est plat et net, sans un coup de fer. Si vous l’oubliez roulé en boule dans la machine ne serait-ce qu’une nuit, vous récupérez un accordéon marqué à vie.
Étape 5 : les gestes qui repoussent la prochaine fois
La moisissure n’a besoin que de trois choses : de l’humidité qui stagne, un peu de savon en dépôt, et pas d’air. On lui retire les trois.
- Rideau tiré à fond après chaque douche, jamais replié en accordéon. Chaque pli retient une goutte d’eau et devient un point noir en quinze jours.
- Rincer le bas du rideau à l’eau claire au pommeau, dix secondes, quand vous rincez la paroi : c’est là que le savon s’accumule.
- Aérer dix minutes après la douche, ou laisser la VMC tourner et la porte entrouverte.
- Un passage en machine tous les deux à trois mois, sans attendre les taches. À ce rythme, le prétraitement devient inutile.
Si les joints de la douche, eux, sont déjà constellés, c’est un autre chantier — je l’ai détaillé dans l’article sur les moisissures des joints. Et si votre linge ressort avec une odeur de renfermé quel que soit le programme, le problème vient souvent de la machine elle-même : son entretien règle le cas en une soirée.

Quand il faut vraiment le remplacer
Trois signes ne trompent pas : le plastique est devenu cassant et se fend quand on le plie, les œillets sont déchirés, ou la moisissure a colonisé l’intérieur même de la matière — vous le verrez à ces taches grises diffuses qui ne bougent d’un millimètre après deux lavages. Un rideau coûte entre 10 et 20 €, une doublure simple souvent moins. S’acharner au-delà de deux tentatives n’a plus de sens.
Cela dit, avant de le jeter, gardez-le : coupé en deux, un vieux rideau de douche fait une excellente bâche de peinture, un tapis sous le bac à litière ou une protection de matelas pour un lit d’enfant. Ma grand-mère Jeanne ne jetait jamais une toile imperméable, et je crois que c’est la seule de ses manies que j’ai gardée sans jamais la discuter.
