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Jardin & Plantes

La peau de banane, engrais star des fleurs : comment bien l’utiliser

Peaux de banane coupées sur une planche en bois, bocal de macération et rosiers en fleurs au jardin

Que faites-vous de vos peaux de banane ? Si la réponse est « poubelle », vous jetez chaque semaine un petit complément d’engrais que vos rosiers et vos géraniums accepteraient volontiers. Riche en potassium, la peau de banane nourrit surtout la floraison : c’est sa spécialité, et c’est pour cela qu’on la surnomme parfois l’engrais des fleurs.

Mais je préfère vous prévenir tout de suite : ce n’est pas la potion magique que certains vantent sur Internet. La peau de banane rend service, à condition de savoir ce qu’elle contient vraiment, comment la préparer, et pour quelles plantes. C’est exactement ce qu’on va voir, méthode par méthode.

Ce qu’il y a vraiment dans une peau de banane

Du potassium, d’abord, en quantité intéressante : c’est l’élément qui soutient la floraison, la formation des fruits et la vigueur générale de la plante. Un peu de phosphore, du calcium, du magnésium. Et très peu d’azote, l’élément qui fait pousser les feuilles.

Cette composition dit tout : la peau de banane est un complément pour plantes à fleurs et à fruits, pas un engrais complet. Une plante verte au feuillage pâlichon n’en tirera pas grand-chose ; pour elle, le marc de café, plus riche en azote, est bien mieux placé.

Méthode 1 : la macération, ou « eau de banane »

La plus connue. Coupez une peau en morceaux, plongez-les dans un litre d’eau, couvrez, et laissez macérer 24 à 48 heures. Pas davantage : au-delà de deux jours, le mélange fermente, mousse et se met à sentir franchement mauvais. Filtrez, puis arrosez au pied de vos plantes fleuries, une fois par semaine pendant la floraison.

Cette eau ne se conserve pas, préparez-la à la demande. Et gardons les pieds sur terre : une macération aussi courte ne libère qu’une partie des minéraux. C’est un coup de pouce doux et régulier, pas un engrais concentré. Ceux qui vous promettent un balcon digne de Giverny avec une simple eau de banane exagèrent beaucoup.

Bocal en verre où macèrent des morceaux de peau de banane dans l'eau
24 à 48 heures de macération, pas plus : au-delà, ça fermente.

Méthode 2 : l’enfouissement au pied des plantes

Ma préférée au jardin, parce qu’elle ne demande aucune surveillance. Coupez la peau en petits morceaux de deux ou trois centimètres (des ciseaux font très bien l’affaire), et enfouissez-les à cinq ou dix centimètres de profondeur, à une quinzaine de centimètres du pied. Les vers de terre et les micro-organismes font le reste en quelques semaines.

Deux règles seulement. On coupe petit, parce qu’une peau entière se décompose très lentement. Et on enfouit toujours : une peau posée en surface attire les moucherons, parfois les rongeurs, puis sèche en une plaque noire du plus vilain effet.

Le truc de Colette : au moment de planter les tomates, je dépose une peau de banane coupée en lanières au fond du trou, recouverte de cinq centimètres de terre avant d’installer le plant. Le potassium se libère au fil de l’été, juste quand les fruits en ont besoin.

Méthode 3 : le séchage, pour en avoir toute l’année

L’hiver, les fleurs se font rares mais les bananes défilent dans la corbeille à fruits. Faites sécher les peaux au four à 90 °C, porte entrouverte, pendant une heure trente à deux heures, jusqu’à ce qu’elles soient noires et cassantes. Sur un radiateur, comptez plutôt deux ou trois jours. Mixez-les ensuite en poudre grossière et stockez le tout dans un bocal hermétique.

Au printemps, griffez une cuillère à soupe de cette poudre au pied de chaque rosier ou géranium, une fois par mois. C’est propre, ça se dose facilement, et c’est la seule forme que j’utilise pour les plantes d’intérieur : la macération et l’enfouissement y attirent trop volontiers les moucherons de terreau.

Peaux de banane séchées et réduites en poudre grossière dans un bocal en verre
Séchées puis mixées, les peaux se gardent tout l’hiver en bocal.

Les plantes qui disent merci

Les rosiers arrivent en tête, et ce n’est pas un hasard si nos aînées enterraient déjà des peaux au pied des leurs ; j’en reparle dans mes secrets d’autrefois pour de beaux rosiers. Suivent les géraniums et pélargoniums, les dahlias, les pivoines, les tomates, les courgettes et, en pot, les plantes fleuries comme l’hibiscus.

À l’inverse, inutile d’en donner aux fougères, aux plantes grasses ou aux semis : les premières veulent surtout de l’azote, les secondes presque rien, et les troisièmes se contentent très bien de leur terreau de départ. Vous trouverez d’autres idées du même genre dans ma rubrique jardin et plantes.

Combien, à quelle fréquence ?

La bonne mesure est plus modeste qu’on ne le croit. En pleine terre, une peau par pied et par mois suffit largement, enfouie ou en poudre. En pot, divisez par deux : une cuillère à soupe de poudre par mois pour un pot de trente centimètres, une demi-cuillère pour un pot plus petit. Le potassium en excès finit par gêner l’absorption des autres éléments, et un géranium gavé ne fleurit pas mieux qu’un géranium bien nourri.

Côté calendrier, concentrez les apports du printemps à la fin de l’été, pendant la floraison. En hiver, les plantes se reposent : on range le bocal de poudre et on laisse tout le monde tranquille jusqu’aux beaux jours.

Les limites à connaître, soyons honnêtes

D’abord, la question des traitements. Les bananes qui ne viennent pas de l’agriculture biologique sont traitées, et c’est justement la peau qui concentre les résidus. Pour l’engrais, je réserve donc les peaux de bananes bio ; les autres partent au compost, où la décomposition longue fait mieux le tri.

Autre limite : la peau de banane ne remplace ni le compost ni un véritable amendement. C’est un appoint. Un sol pauvre restera pauvre avec trois peaux de banane par mois. Alternez avec du compost mûr, et laissez chaque déchet jouer son rôle : le marc pour l’azote, les coquilles pour le calcium, la banane pour le potassium.

Méfiez-vous enfin d’une astuce qui circule : lustrer les feuilles des plantes vertes avec l’intérieur d’une peau. Ça brille sur le moment, puis le résidu sucré colle la poussière et attire les indésirables. Un chiffon humide fait mieux, sans contrepartie.

Un dernier mot

Mon rosier « Pierre de Ronsard » a eu droit à sa poudre de banane tout le printemps. Floraison superbe cette année. Est-ce la banane, l’été clément, ou les deux ? Je serais bien en peine de trancher, et je me méfie des certitudes en jardinage. Mais le geste ne coûte rien, il valorise un déchet, et mes rosiers n’ont jamais eu l’air de s’en plaindre. Alors je continue.

Portrait de Colette Marchand
L'autrice
Colette Marchand

Passionnée d'astuces de grand-mère depuis toujours, Colette a grandi entre les bocaux de conserves de sa grand-mère Jeanne et le savon de Marseille de sa maman. Depuis plus de quarante ans, elle teste, note et peaufine les trucs du quotidien qui marchent vraiment : ménage au naturel, cuisine anti-gaspillage, jardin nourricier et petites économies pleines de bon sens. Sur Astuces Trucs, elle ouvre son carnet de famille et le complète au fil de ses essais — une astuce à la fois, toujours vérifiée dans sa propre maison.

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