Deux euros cinquante. C’est le prix d’un plant de courgette en jardinerie au printemps. Bien installé, arrosé sans excès, ce plant unique produira douze à quinze kilos de légumes entre juin et septembre. Au prix moyen du marché, cela représente autour de quarante euros de courgettes. Pour un billet de départ de deux euros cinquante, avouez que le placement est honnête.
Mais attention : tout le potager ne raisonne pas ainsi. Certaines cultures rapportent gros, d’autres coûtent en graines, en eau et en heures plus qu’elles ne rendront jamais en légumes. Après des années de potager, quelques triomphes et pas mal de désillusions comptables, j’ai fini par savoir où passe la frontière.
Voici donc le potager vu du porte-monnaie : ce qui allège vraiment le panier de courses, et ce qu’on cultive pour le plaisir, en le sachant.
Le calcul honnête avant de semer
Trois questions décident de la rentabilité d’une culture. Combien coûte ce légume en magasin ? Combien produit-il au mètre carré ? Et se conserve-t-il mal, ce qui rend le « cueilli du jour » précieux ?
Passées au filtre, les pommes de terre déçoivent : un kilo coûte à peine plus d’un euro en magasin, et il faut de la surface pour en récolter sérieusement. Même verdict pour les oignons ou les carottes de garde. À l’inverse, tout ce qui se vend cher au poids et se fane vite, herbes fraîches, salades, petits fruits, tomates cerises, fait exploser le compteur. C’est là qu’il faut mettre ses graines.
Les herbes aromatiques, championnes toutes catégories
Un bouquet de basilic sous plastique : autour de deux euros pour trente grammes, à moitié flétri dès le lendemain. Un pied de basilic : trois euros, des feuilles fraîches de juin aux gelées, à condition de pincer les fleurs dès qu’elles pointent.
La ciboulette, le persil, la menthe et le thym suivent la même logique, avec un avantage de taille : ce sont des vivaces ou presque. Plantés une fois, la ciboulette et le thym reviennent chaque année sans rien demander. Une jardinière de 40 cm sur un rebord de fenêtre suffit pour les quatre. Si je ne devais garder qu’une seule culture « économies », ce serait celle-là, sans une seconde d’hésitation.

Les salades à couper : semez, coupez, ça repousse
Oubliez les laitues pommées, longues à venir et bonnes à récolter une seule fois. Les salades dites « à couper », feuille de chêne, batavia à feuilles, roquette, mesclun, se moissonnent aux ciseaux à trois centimètres du sol, et repoussent pour deux ou trois récoltes supplémentaires.
Le calcul est parlant : un sachet de graines à deux euros cinquante donne l’équivalent d’une vingtaine de ces sachets de salade lavée vendus plus d’un euro pièce. Semez une petite ligne tous les quinze jours, d’avril à septembre, plutôt que tout d’un coup : vous aurez de la salade fraîche en continu au lieu d’une montagne ingérable une semaine par an.
Courgettes et tomates cerises, les généreuses
Revenons à notre courgette de l’introduction. Deux pieds suffisent pour une famille de quatre, et je pèse mes mots : ma première année, j’en avais planté six, et j’ai fini par déposer des courgettes sur les paillassons des voisins comme d’autres distribuent des prospectus. Plantez-en deux, pas plus, et récoltez-les jeunes, à vingt centimètres, quand elles sont les meilleures.
Les tomates cerises jouent dans la même cour. Comptez le prix d’une barquette de 250 grammes en plein été, puis regardez un seul pied de « Sweet 100 » en produire plusieurs kilos jusqu’aux premières fraîcheurs. Elles pardonnent beaucoup plus d’erreurs que les grosses tomates, sensibles au mildiou et à l’éclatement. Sur un balcon, un grand pot de 40 cm de profondeur, un tuteur solide et un arrosage régulier font parfaitement l’affaire : je détaille tout dans mon article sur les tomates savoureuses même en pot.

Ce qui coûte plus qu’il ne rapporte
Parlons franchement des cultures à faible rendement financier, car personne ne le fait jamais.
- Les melons et les aubergines réclament chaleur, place et soins constants pour quelques fruits, souvent moins bons qu’espéré hors des régions très ensoleillées.
- Le maïs doux occupe un mètre carré par pied pour deux épis. Deux.
- Les choux-fleurs mobilisent la terre six mois et finissent trop souvent en pommes minuscules.
- Les pommes de terre et oignons de garde, on l’a vu, se cultivent pour le goût et le plaisir, pas pour le portefeuille.
L’autre gouffre discret, c’est le matériel. Carrés surélevés en kit, serres de balcon, terreaux « spécial ceci », outils gadgets : on peut dépenser trois cents euros avant la première graine, et aucune récolte ne rattrapera jamais ça. Le potager de nos grands-mères se contentait d’une bêche, d’un râteau et de bon fumier ; le nôtre peut s’en inspirer.
Faire baisser la facture du potager lui-même
Quelques réflexes gardent les coûts au plancher. Semez vos plants vous-même dans des pots de yaourt percés plutôt que d’acheter des godets à deux euros pièce : seuls la tomate et le basilic demandent un peu de chaleur pour lever. Échangez graines et plants entre voisins ou dans les trocs de jardiniers, il y en a dans presque toutes les communes.
Côté sol, fabriquez votre amendement au lieu de l’acheter : épluchures, tontes et feuilles mortes deviennent un excellent terreau, même sans jardin, comme je l’explique dans mon guide pour débuter un compost sans odeurs. Et côté eau, un simple récupérateur sous la gouttière change tout : l’arrosage d’été est le vrai coût caché du potager. Paillez généreusement, vous arroserez deux fois moins. Vous trouverez d’autres idées de ce genre dans ma rubrique économies et anti-gaspillage.
Vos questions avant de vous lancer
Combien de temps cela demande-t-il par semaine ?
Pour quelques mètres carrés bien choisis, comptez une à deux heures, arrosage compris. Le paillage et les cultures faciles citées ici réduisent nettement la corvée de désherbage.
Peut-on vraiment économiser sur un simple balcon ?
Oui, à condition de viser juste : herbes aromatiques, salades à couper et un pied de tomates cerises. Sur deux mètres carrés, c’est plusieurs dizaines d’euros d’herbes et de salades économisées chaque année.
Par quoi commencer si on part de zéro ?
Une jardinière d’aromatiques dès maintenant, des salades à couper au prochain printemps, puis une courgette et un pied de tomates cerises quand le goût vous en viendra. Petit, mais rentable dès la première saison.
