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Jardin & Plantes

Bouturer ses plantes d’intérieur : la multiplication gratuite

Rebord de fenêtre garni de verres et bocaux contenant des boutures de plantes d'intérieur avec leurs racines

Avez-vous regardé récemment le prix d’un pothos bien fourni en jardinerie ? Comptez 20 à 30 euros pour un beau sujet. Pour une plante qui, chez vous, produirait des dizaines de bébés dans de simples verres d’eau, sans rien vous coûter d’autre qu’un peu de patience.

Le bouturage, c’est exactement ça : prélever un morceau de plante et le laisser fabriquer ses propres racines. Nos grands-mères le pratiquaient sans y mettre de grands mots, un rebord de fenêtre garni de verres à moutarde, une tige de misère dans chacun. Rien n’a changé, sinon que les plantes vertes coûtent aujourd’hui un petit budget et que la multiplication maison est devenue, en plus d’un plaisir, une vraie économie.

Voici comment vous y mettre, même si vous n’avez jamais rien bouturé de votre vie.

Une bouture, c’est quoi au juste ?

Regardez une tige de pothos ou de misère de près. À intervalles réguliers, vous verrez de petits renflements, là où les feuilles s’attachent : ce sont les nœuds. C’est là, et presque uniquement là, que la plante est capable de fabriquer de nouvelles racines. Une bouture, c’est donc un tronçon de tige comportant au moins un nœud, que l’on place dans l’eau ou dans la terre pour qu’il s’enracine.

Tout le reste en découle. Une tige coupée entre deux nœuds, sans nœud dans l’eau, ne donnera jamais rien : elle finira par pourrir en vous laissant croire que « vous n’avez pas la main verte ». Alors qu’il suffisait de couper trois centimètres plus bas.

Eau ou terre : les deux écoles

Le bouturage dans l’eau est le plus gratifiant pour débuter : on voit les racines apparaître jour après jour, on sait exactement où on en est, et un simple verre suffit. Son défaut ? Les racines formées dans l’eau sont fines et fragiles, et la bouture demande une petite période d’adaptation au moment du passage en pot.

Le bouturage en terre donne d’emblée des racines plus robustes, sans transition à gérer. En contrepartie, on ne voit rien : il faut arroser régulièrement, attendre, et se fier à l’apparition de nouvelles feuilles pour savoir que ça a pris. Pour les plantes faciles dont je parle ici, les deux méthodes fonctionnent. Mon conseil : commencez dans l’eau pour le plaisir des yeux, vous passerez à la terre quand vous aurez pris confiance.

Ciseaux prêts à couper une tige de pothos juste sous un nœud
La coupe se fait toujours quelques millimètres sous un nœud, avec une lame propre.

Les plantes qui pardonnent tout

Certaines plantes s’enracinent avec une facilité déconcertante. Pour vos premières boutures, piochez dans cette liste :

  • Le pothos : le champion absolu. Un tronçon avec un nœud, de l’eau, et des racines en deux à trois semaines.
  • La misère (tradescantia) : celle des rebords de fenêtre d’autrefois. Elle racine si vite qu’on la croirait pressée.
  • Le chlorophytum : il fait le travail tout seul, en produisant des plantules au bout de longues tiges. Il n’y a qu’à les poser sur l’eau ou la terre.
  • Le bégonia et le coléus : quelques centimètres de tige suffisent.
  • Le ficus elastica : plus lent, mais fiable. Attention, sa sève laiteuse est irritante et tache : coupez au-dessus d’un journal et rincez la lame.
  • La monstera : il faut impérativement un nœud, idéalement avec une racine aérienne déjà amorcée.

Le pas-à-pas dans l’eau

  1. Choisissez une tige saine, ni toute jeune ni ligneuse, et coupez-la avec des ciseaux propres ou un couteau bien affûté, 5 millimètres sous un nœud. Une coupe nette cicatrise mieux qu’un arrachage.
  2. Retirez les feuilles du bas : aucune feuille ne doit tremper, sinon elle pourrit et gâte l’eau. Gardez 2 à 4 feuilles en haut.
  3. Placez la bouture dans un verre d’eau à température ambiante, le nœud immergé, les feuilles au sec.
  4. Installez le verre à la lumière vive mais sans soleil direct, qui chaufferait l’eau et cuirait la tige.
  5. Changez l’eau tous les 3 ou 4 jours. Une eau croupie est la première cause d’échec.
  6. Patientez. Deux à six semaines selon la plante et la saison, sans tirer sur la tige pour vérifier.
Le truc de Colette : je glisse un petit morceau de charbon de bois naturel au fond de chaque verre. Il garde l’eau claire nettement plus longtemps et limite les bactéries. Un truc de ma grand-mère Jeanne, qui l’utilisait déjà pour l’eau de ses fleurs coupées.

Fines racines blanches se développant sur une bouture plongée dans un verre d'eau
À 3-5 centimètres de racines, la bouture est prête pour le pot.

Le repiquage sans casse

Quand les racines atteignent 3 à 5 centimètres, il est temps de passer en pot. N’attendez pas trop : des racines d’eau très longues s’emmêlent et supportent mal la transplantation. Prenez un petit pot percé, un terreau léger, et faites un trou au crayon avant d’y glisser les racines, pour ne pas les brutaliser. Tassez à peine, arrosez doucement.

Les deux premières semaines, gardez le terreau légèrement humide en permanence : la bouture doit convertir ses racines d’eau en racines de terre, et c’est le moment où elle a le plus besoin de vous. Ensuite, revenez à un arrosage normal, en laissant sécher la surface entre deux. Si les feuilles pâlissent ou jaunissent dans les semaines qui suivent, pas de panique : j’ai détaillé le diagnostic dans mon article sur les feuilles jaunes des plantes d’intérieur. Et si vous partez en vacances pendant cette période sensible, un système d’arrosage maison fera la soudure.

Les ratés classiques (j’en connais un rayon)

Autant vous le dire : mes trois premières boutures de ficus ont fini en compote. J’avais laissé deux feuilles tremper dans l’eau, et en huit jours tout avait tourné. Depuis, je surveille trois points, et je n’ai presque plus de pertes.

La tige qui noircit par le bas ? Coupe trop éloignée du nœud ou eau jamais changée : recoupez au propre sous le nœud suivant et repartez avec de l’eau fraîche. La bouture qui végète des semaines sans racine ? Souvent un manque de lumière ou une pièce trop froide ; rapprochez-la d’une fenêtre à l’est. Les feuilles qui grillent ? Soleil direct derrière une vitre, l’équivalent d’une loupe. Un voilage suffit à tout changer. Vous trouverez d’autres gestes de ce genre dans ma rubrique jardin et plantes.

Vos questions sur le bouturage

Quelle est la meilleure saison pour bouturer ?

Du printemps à la fin de l’été, quand la plante est en pleine croissance. En hiver, c’est possible mais deux fois plus lent, et les échecs sont plus fréquents.

Faut-il de l’hormone de bouturage ?

Pour les plantes citées ici, non, elles s’enracinent très bien seules. L’hormone se justifie pour les végétaux difficiles ou ligneux, pas pour un pothos.

Combien de boutures dans un même verre ?

Deux ou trois maximum, pour que chacune ait son oxygène. Et plusieurs boutures repiquées ensemble dans un même pot donnent d’ailleurs une plante plus fournie, plus vite.

Portrait de Colette Marchand
L'autrice
Colette Marchand

Passionnée d'astuces de grand-mère depuis toujours, Colette a grandi entre les bocaux de conserves de sa grand-mère Jeanne et le savon de Marseille de sa maman. Depuis plus de quarante ans, elle teste, note et peaufine les trucs du quotidien qui marchent vraiment : ménage au naturel, cuisine anti-gaspillage, jardin nourricier et petites économies pleines de bon sens. Sur Astuces Trucs, elle ouvre son carnet de famille et le complète au fil de ses essais — une astuce à la fois, toujours vérifiée dans sa propre maison.

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