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Jardin & Plantes

Des courgettes généreuses sans y passer l’été

Pied de courgette vigoureux au potager avec fleurs jaunes et jeunes courgettes sur paillage

Sur mon buffet de cuisine trône, presque chaque été, une courgette-massue. Deux kilos et quelque, quarante centimètres, la peau dure comme une calebasse. C’est celle qui s’est cachée quatre jours sous les feuilles, celle qu’on découvre trop tard et qu’on expose ensuite, mi-trophée, mi-reproche. Les voisins ont la même sur leur rebord de fenêtre. Tout le monde rit, personne ne sait vraiment quoi en faire.

Cette courgette-là raconte toute l’histoire de ce légume : il pousse trop bien. Le problème des courgettes n’est presque jamais d’en obtenir, c’est d’en obtenir de bonnes, régulièrement, sans que les plants s’épuisent ni que le mildiou de leurs cousines — chez elles, on parle d’oïdium — ne blanchisse tout en août. Voici comment j’ai appris, en me trompant d’abord copieusement.

L’année des six pieds

À mes débuts de potagère, j’avais planté six pieds de courgettes. Six ! Sur une planche de quatre mètres, serrés à cinquante centimètres les uns des autres, « pour être sûre d’en avoir ». J’arrosais le soir, généreusement, par-dessus le feuillage, comme une pluie bienfaisante.

Résultat : dès la mi-juillet, une jungle impénétrable où les fruits mûrissaient cachés jusqu’au stade massue. Des seaux entiers de courgettes que je distribuais à qui n’osait plus refuser. Puis, début août, le feutrage blanc de l’oïdium sur les feuilles entassées, l’humidité du soir aidant, et des plants grillés avant la fin du mois. Beaucoup de volume, peu de plaisir. Et une leçon qui valait bien quelques seaux de courgettes distribuées à la ronde : ce légume ne demande pas qu’on en fasse plus, il demande qu’on en fasse moins, mais mieux.

Ce que Jeanne faisait autrement

Ma grand-mère Jeanne, elle, ne plantait que deux pieds. Deux pieds pour nourrir une tablée, et ils produisaient de juin aux gelées. Son secret tenait en trois principes que j’ai fini par comprendre à mes dépens : de la place, de l’eau au pied seulement, et une récolte impitoyablement régulière. La courgette est une plante généreuse à qui il faut simplement de l’air et de la constance. Tout le reste de cet article ne fait que détailler ces trois idées.

La méthode, du semis à la récolte

Semer ou acheter des plants ?

Les deux se défendent. Le semis en godet, à l’intérieur ou sous châssis, se fait de mi-avril à mi-mai : deux graines par godet, pointe vers le bas, à 2 cm de profondeur, et l’on garde le plant le plus vigoureux. La graine coûte quelques centimes, le plant du marché autour de 2,50 €. Pour deux ou trois pieds, franchement, le plant acheté ne ruine personne et rattrape un printemps en retard. Si le semis vous tente, la courgette est l’une des graines les plus faciles pour se faire la main : grosse, franche, levée en moins d’une semaine au chaud.

On repique en pleine terre quand les gelées sont passées — après les saints de glace, pour parler comme autrefois — dans un sol réchauffé. Un plant grelottant ne rattrape jamais vraiment son retard.

Planter large, planter riche

C’est LE point que tout le monde sous-estime : un pied de courgette adulte occupe un bon mètre carré. Comptez 1 m en tous sens entre les plants, et ne négociez pas. Serrés, ils se font de l’ombre, l’air ne circule plus, et l’oïdium s’invite d’autant plus vite.

La courgette est gourmande : une belle pelletée de compost mûr dans le trou de plantation, mélangée à la terre, et elle a de quoi voir venir. Plein soleil obligatoire. Les premiers jours, surveillez les limaces, qui raffolent des jeunes plants au point d’en laisser des moignons en une nuit — mes barrières naturelles anti-limaces font le tour de la question.

Pas de jardin ? Une courgette non coureuse — la ronde de Nice, par exemple — pousse dans un grand pot de 40 à 50 litres sur un balcon ensoleillé, avec les mêmes principes que les tomates en pot : substrat riche et arrosages très suivis.

Arroser au pied, jamais sur les feuilles

Mon erreur des débuts, et la plus répandue. Le feuillage mouillé le soir, c’est le tapis rouge pour l’oïdium. On arrose donc au pied, au goulot ou à la pomme retirée, copieusement mais pas forcément tous les jours : deux à trois arrosages généreux par semaine en pleine terre valent mieux qu’un saupoudrage quotidien, car ils poussent les racines à plonger.

Et l’on paille. Cinq à sept centimètres de tontes séchées, de paille ou de foin autour du pied : la terre reste fraîche, les arrosages sont divisés presque par deux, et les courgettes ne touchent plus la terre humide, ce qui leur évite de pourrir côté sol.

Arrosage au pied d'un jeune plant de courgette paillé, avec un pot en terre cuite enterré à côté
Arroser au pied, pailler épais et laisser le feuillage sec : le trio qui tient l’oïdium à distance.

L’oïdium, ce feutre blanc qui n’attend qu’une occasion

Même bien conduite, une courgette finit souvent par montrer, en fin d’été, ces taches poudreuses blanches sur les vieilles feuilles. Pas de panique : quelques taches en septembre, c’est l’usure normale de la saison. Le problème, c’est l’attaque de juillet qui grille un plant entier.

La prévention d’abord : espacement, arrosage au pied, et suppression au sécateur des feuilles les plus atteintes — jamais plus d’un tiers du feuillage d’un coup. En traitement de soutien, le vieux remède du lait fonctionne honnêtement sans faire de miracles : un volume de lait (écrémé de préférence, il sent moins) pour neuf volumes d’eau, pulvérisé sur et sous les feuilles le matin d’un jour sec, à renouveler chaque semaine. Sur une attaque déjà généralisée, autant le dire : rien ne ressuscite un plant blanchi. On coupe, on composte loin du potager, et on soigne le pied voisin.

Le truc de Colette : l’oya du pauvre. J’enterre à côté de chaque pied un pot en terre cuite de 2 litres, trou du fond bouché par un bouchon de liège, une tuile posée dessus en couvercle. Je le remplis tous les deux ou trois jours : l’eau suinte lentement à travers la terre cuite, droit aux racines, sans mouiller une seule feuille. Coût : le prix d’un pot, souvent zéro.

Petites courgettes qui jaunissent et tombent : le coup de la pollinisation

Un mystère qui décourage bien des jardiniers : de mini-courgettes de cinq centimètres qui jaunissent du bout, ramollissent et tombent. Neuf fois sur dix, ce n’est ni une maladie ni un manque d’eau : la fleur femelle n’a simplement pas été pollinisée. Cela arrive surtout en début de saison ou par temps frais et pluvieux, quand les abeilles restent au chaud.

La parade est d’une simplicité désarmante : jouez l’abeille. Le matin, cueillez une fleur mâle bien ouverte — celle qui pousse au bout d’une tige fine, sans renflement —, retirez ses pétales et frottez délicatement son cœur couvert de pollen contre celui d’une fleur femelle, reconnaissable à la petite courgette qui la porte. Dix secondes par fleur, et le fruit est assuré. Jeanne appelait cela « marier les courgettes », et le faisait en tablier du matin, l’air de rien.

Autre coup de pouce de milieu d’été : fin juillet, quand le pied a déjà beaucoup donné, griffez une poignée de compost au pied avant un arrosage. La courgette produit sur la durée à condition qu’on regarnisse le garde-manger.

Récoltez jeune, récoltez souvent

C’est le dernier secret, et il est contre-intuitif : plus on cueille, plus le pied produit. Une courgette se récolte à 15-20 cm, quand la peau se raye encore à l’ongle. À ce stade, elle est ferme, presque sans pépins, et n’a pas besoin d’être épluchée. Laissez-la grossir et le plant, croyant sa descendance assurée, ralentit toute sa production.

En pleine saison, passez tous les deux jours, en soulevant les feuilles — c’est là que naissent les massues. Deux pieds bien menés donnent alors deux à quatre courgettes par semaine chacun, de quoi nourrir une famille sans la lasser. Cueillies fermes, elles patientent quatre ou cinq jours dans le bac à légumes ; au-delà, elles se rident et perdent leur croquant, alors inutile de faire des stocks. Et ne vous inquiétez pas si les premières fleurs tombent sans donner de fruit : ce sont les fleurs mâles, qui ouvrent le bal quelques jours avant les femelles. C’est la mécanique normale de la plante, pas un caprice.

Et la massue du buffet, alors ?

Il m’en échappe toujours une, malgré trente étés de pratique — je soulève pourtant les feuilles, je vous jure. Celle-là, je ne la jette jamais : évidée de ses pépins, elle finit farcie au four comme le faisait Jeanne, ou en soupe avec un oignon et une pomme de terre. Sa chair est plus fade, mais elle porte quelque chose que les courgettes fines n’ont pas : le rappel, un peu moqueur, que le jardin n’attend pas. C’est ma cloche des vacances à moi. Quand la massue apparaît sur le buffet, je sais que l’été bat son plein et que je dois passer au potager plus souvent. Vous trouverez d’autres histoires de jardin dans la rubrique jardin et plantes — les miennes finissent souvent en soupe.

Portrait de Colette Marchand
L'autrice
Colette Marchand

Passionnée d'astuces de grand-mère depuis toujours, Colette a grandi entre les bocaux de conserves de sa grand-mère Jeanne et le savon de Marseille de sa maman. Depuis plus de quarante ans, elle teste, note et peaufine les trucs du quotidien qui marchent vraiment : ménage au naturel, cuisine anti-gaspillage, jardin nourricier et petites économies pleines de bon sens. Sur Astuces Trucs, elle ouvre son carnet de famille et le complète au fil de ses essais — une astuce à la fois, toujours vérifiée dans sa propre maison.

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