Un degré de moins sur le thermostat, c’est environ 7 % d’économies sur la facture de chauffage. Pour un foyer qui dépense 1 500 euros par an, la différence entre 21 °C et 19 °C représente donc autour de 200 euros. Deux cents euros pour un geste qui ne coûte rien : aucun placement ne fait mieux.
Reste la vraie question : comment vivre bien à 19 °C ? Nos grands-parents chauffaient une ou deux pièces, souvent moins fort que nous, et je ne me souviens pas d’avoir eu froid chez eux. Leur secret n’était pas l’endurance. C’était un ensemble de petits dispositifs : des rideaux lourds, des portes qui ferment, des laines qu’on enfile sans y penser. Tout cela se remet en place en un week-end.
19 °C bien vécus : une affaire de réglage et de progression
19 °C dans les pièces à vivre, 17 °C dans les chambres, 22 °C dans la salle de bain au moment de la douche : ce sont les températures recommandées, et elles sont très vivables à condition de ne pas y aller brutalement. Baissez d’un demi-degré par semaine. Le corps s’habitue sans même s’en apercevoir, alors qu’un passage direct de 21 à 19 se ressent pendant quinze jours.
Deux détails changent tout dans le ressenti. D’abord les sols : un carrelage nu tire la chaleur par les pieds, et un tapis épais règle le problème à lui seul. Ensuite l’humidité : une pièce humide paraît toujours plus froide qu’une pièce sèche à température égale. Raison de plus pour aérer court et fort chaque jour, et pour ne jamais faire sécher le linge sur les radiateurs.
Purger les radiateurs : dix minutes qui changent tout
Un radiateur qui glougloute ou qui reste froid en haut est un radiateur plein d’air : il chauffe mal tout en consommant pareil. La purge est à la portée de tous :
- Coupez le chauffage une heure avant, le temps que l’eau cesse de circuler.
- Munissez-vous d’une clé de purge (deux euros en quincaillerie) et d’un bol.
- Ouvrez doucement la vis de purge, en haut du radiateur : l’air s’échappe en sifflant.
- Dès qu’un filet d’eau régulier coule, refermez.
- Vérifiez ensuite la pression de la chaudière : entre 1 et 1,5 bar. Rajoutez de l’eau si besoin, le robinet de remplissage est sous l’appareil.
À refaire chaque automne, en commençant par les radiateurs les plus proches de la chaudière. Pendant que vous y êtes, dépoussiérez les grilles et l’arrière : un radiateur encrassé perd une partie de son rendement, bêtement.

Rideaux épais et volets : la barrière du soir
Une fenêtre, même correcte, laisse filer une part non négligeable de la chaleur, surtout la nuit. Le rituel d’antan reste le meilleur : volets fermés dès la tombée du jour, rideaux épais tirés par-dessus. Un rideau doublé, dit thermique, se trouve à prix raisonnable et fait une vraie différence devant une fenêtre ancienne.
Une seule précaution, trop souvent oubliée : si un radiateur se trouve sous la fenêtre, le rideau doit s’arrêter au-dessus de lui, jamais pendre devant. Sinon, vous chauffez consciencieusement l’espace entre le tissu et la vitre. Et le matin, geste inverse : ouvrez grand volets et rideaux côté sud, le soleil travaille gratuitement.
La chasse aux courants d’air
Dans un logement ancien, les fuites d’air pèsent parfois autant que l’isolation elle-même. Passez l’inspection : bas de portes, contours de fenêtres, boîte aux lettres encastrée, trappe de cheminée, prises électriques des murs donnant sur l’extérieur.
Les remèdes sont simples et durent des années : boudins de porte (un traversin roulé dans une housse fait l’affaire en attendant mieux), joints adhésifs en mousse ou en silicone pour les fenêtres, plaque ou ballon obturateur pour la cheminée qui ne sert plus. Une limite absolue, en revanche : ne bouchez jamais les grilles de ventilation. L’air du logement doit se renouveler ; c’est votre santé et vos murs qui en dépendent.

S’habiller d’abord, chauffer ensuite
C’est la logique inverse de la nôtre. Monter le thermostat pour rester en tee-shirt coûte cher ; enfiler une maille pour laisser le thermostat tranquille ne coûte rien. Un vrai pull en laine vaut deux à trois degrés de ressenti, des chaussettes épaisses et des chaussons font le reste par le sol.
Le soir, le plaid sur le canapé et la bouillotte glissée dans le lit vingt minutes avant le coucher transforment une chambre à 17 °C en refuge parfaitement accueillant. La bouillotte, remplie aux deux tiers d’eau chaude mais non bouillante, reste à mes yeux le meilleur rapport confort-prix de tout l’hiver.
Les petits plus qui finissent en gros total
- Fermez les pièces peu utilisées et baissez-y le chauffage à 14-16 °C, portes closes.
- Glissez un panneau réflecteur derrière les radiateurs des murs extérieurs : la chaleur revient vers la pièce au lieu de tiédir le mur.
- Écartez meubles et canapés des radiateurs : un radiateur caché chauffe le dossier, pas la pièce.
- La nuit, visez 16-17 °C partout : on dort mieux au frais, et la relance du matin coûte moins cher que le maintien nocturne.
- Aérez fort et court, dix minutes fenêtres grandes ouvertes, plutôt qu’une fenêtre entrebâillée pendant des heures.
Chacun de ces gestes pèse quelques pour cent. Additionnés au bon réglage et à la purge, on atteint sans gros travaux 10 à 20 % d’économies sur l’hiver. Le chauffage rejoint alors la liste des factures qu’on allège par l’attention plutôt que par la privation, exactement comme l’électricité. La rubrique économies et anti-gaspillage regorge d’autres pistes du même esprit.
Le mot de la fin
Chez ma grand-mère Jeanne, l’hiver se vivait dans la cuisine, la pièce de la cuisinière à bois, et l’on filait au lit avec une brique chauffée enveloppée dans un torchon. Je ne vous propose pas de revenir à la brique. Mais je constate, chaque hiver, que sa maison m’a appris l’essentiel : on ne chauffe pas des mètres carrés, on chauffe des personnes. Un pull, un plaid, des volets fermés à la nuit tombée, et le thermostat peut rester sage. Le corps suit très vite. C’est souvent la tête qui met trois jours de plus.
