Comptez entre 4 et 6 € le plant de géranium en jardinerie. Une jardinière de balcon en demande trois, une façade fleurie facilement une vingtaine. Faites le calcul : ceux qui rachètent tout chaque printemps laissent 80 à 120 € par an dans des plantes… qui auraient très bien pu passer l’hiver dans leur cave. Car non, il ne faut pas de serre pour hiverner des géraniums. Il faut une pièce fraîche, un sécateur et à peu près rien d’autre.
Précision utile avant de commencer : nos « géraniums » de balcon sont en réalité des pélargoniums, originaires d’Afrique du Sud, et c’est bien pour cela qu’ils craignent le gel. Les vrais géraniums vivaces plantés en pleine terre, eux, sont rustiques : laissez-les dehors, ils n’ont besoin de personne. Tout ce qui suit concerne les plantes en pot et en jardinière.
1. Rentrez-les avant les vraies gelées, pas avant
Un pélargonium supporte les nuits fraîches d’octobre, et elles lui font même du bien : elles l’endurcissent et ralentissent sa sève. Ce qu’il ne supporte pas, c’est le gel : à −2 °C, les tiges gorgées d’eau éclatent. Le bon moment se lit donc sur la météo, pas sur le calendrier. Dès que des nuits sous 0 °C s’annoncent — fin octobre en région continentale, parfois fin novembre sur les côtes —, c’est le signal. Rentrer trop tôt, dans une maison encore chauffée, est presque aussi mauvais que trop tard : la plante repart en végétation molle au lieu de se mettre au repos.
2. Taillez court : ça fait mal, mais c’est vital
Avant de rentrer les pots, rabattez chaque tige à 10 ou 15 cm, en coupant juste au-dessus d’un nœud, avec un sécateur propre (un coup de chiffon imbibé d’alcool entre deux plantes suffit). Supprimez toutes les fleurs, tous les boutons, toutes les feuilles jaunies ou abîmées, et retirez les débris tombés sur le terreau. La règle est simple : moins il reste de feuillage, moins la plante transpire et moins la pourriture trouve de prise. Un géranium prêt pour l’hiver ressemble à un moignon triste. C’est exactement ce qu’il faut, résistez à la tentation de lui « laisser un peu de verdure ».

3. Trouvez la bonne pièce : fraîche, un peu lumineuse
L’idéal se situe entre 5 et 12 °C, avec un peu de lumière naturelle. Dans une maison, les candidats sont plus nombreux qu’on ne croit :
- une cave avec soupirail — le grand classique ;
- un garage avec une fenêtre, même petite ;
- une cage d’escalier peu chauffée ;
- une véranda ou une entrée non chauffée ;
- une chambre d’amis dont on ferme le radiateur.
Plus il fait frais, moins la plante a besoin de lumière : à 6 °C, un soupirail poussiéreux suffit. À 12 °C, il faut une vraie fenêtre. Le pire choix reste le salon chauffé à 21 °C : le géranium n’y meurt pas, mais il file en tiges pâles et grêles, s’épuise tout l’hiver et redémarre fatigué. Ma grand-mère Jeanne alignait les siens sur une planche dans sa cave, sous le soupirail, à côté des bocaux ; ils ressortaient chaque printemps depuis plus de temps que moi.
Avant d’installer les pots, deux minutes de préparation : retirez les soucoupes, qui garderaient une eau stagnante sous les racines tout l’hiver, brossez la terre et les débris collés aux pots, et surélevez l’ensemble sur une planche ou deux tasseaux plutôt qu’à même le sol froid d’une cave. Espacez les pots de quelques centimètres : l’air doit circuler entre les plantes, c’est votre meilleure protection contre les moisissures.
4. L’arrosage d’hiver : presque rien
C’est ici que se jouent la plupart des échecs. Une plante au repos dans une pièce fraîche ne boit presque pas : un demi-verre d’eau par pot, une fois par mois, uniquement si le terreau est sec sur plusieurs centimètres. La terre doit rester à peine humide, jamais détrempée — l’excès d’eau dans un pot froid, c’est la pourriture assurée, cause numéro un de géraniums perdus en hivernage. Et ne vous alarmez pas si des feuilles jaunissent et tombent : en hiver, sur une plante au repos, c’est le cours normal des choses. Le même symptôme sur vos plantes d’intérieur chauffées, en revanche, mérite un vrai diagnostic.
5. Une ronde par mois, cinq minutes montre en main
Une fois par mois, descendez voir vos pensionnaires :
- ramassez les feuilles mortes tombées sur le terreau et autour des pots ;
- traquez le feutrage gris (la pourriture grise) : au moindre duvet suspect, coupez la partie atteinte et écartez le pot des autres ;
- une tige devenue molle, noire ou translucide se coupe au-dessus de la zone saine ;
- aérez la pièce quelques minutes si elle sent le renfermé — l’air stagnant est l’allié des moisissures.
Cinq minutes par mois, c’est le prix total de l’assurance. Comparez avec le prix de la jardinerie.

6. La variante des anciens : l’hivernage à racines nues
Nos grands-mères n’embarrassaient pas leur cave de dizaines de pots. Elles arrachaient les géraniums, secouaient la motte, enveloppaient les racines de papier journal et suspendaient les plantes tête en bas à un fil, dans la cave. Au printemps, on rempotait, on taillait, on arrosait, et une bonne partie repartait.
Soyons honnêtes sur cette méthode : elle fonctionnait dans les caves d’autrefois, fraîches et naturellement humides, où les racines ne se desséchaient pas. Dans un sous-sol moderne, sec et tempéré, le taux de reprise chute — comptez une plante sur deux, parfois moins. Si vous voulez l’essayer, faites-le sur une partie de vos plantes seulement, jamais sur toute la collection. Le gain de place est réel, le risque aussi.
7. L’assurance complémentaire : quelques boutures d’automne
Avant la taille de rentrée, prélevez sur vos plus beaux pieds des tronçons de tige de 8 à 10 cm, coupés sous un nœud. Retirez les feuilles du bas, laissez sécher la coupe deux heures, puis piquez dans un petit pot de terreau à peine humide, sur un rebord de fenêtre lumineux et sans soleil direct. La technique complète est la même que pour les plantes d’intérieur. Même si l’hivernage tournait mal, vous repartiriez au printemps avec des plants tout neufs, et gratuits.
8. Le réveil : février-mars, en douceur
Dès que les jours rallongent nettement, sortez les plantes de leur léthargie :
- rapprochez les pots d’une fenêtre claire, dans une pièce un peu plus chaude (15 °C environ) ;
- coupez ce qui a noirci ou séché pendant l’hiver ;
- rempotez dans un terreau neuf, ou remplacez au moins les cinq premiers centimètres en surface ;
- reprenez l’arrosage progressivement — le terreau humide, jamais trempé ;
- quand les premières pousses apparaissent, au bout de deux à trois semaines, commencez un engrais liquide pour géraniums, à demi-dose d’abord.

9. Dehors après les saints de glace, et pas d’un coup
La sortie définitive attend la mi-mai et la fin des gelées tardives. Et elle se fait par étapes : une semaine durant, sortez les pots le jour à l’ombre claire, rentrez-les la nuit, puis exposez-les progressivement au soleil. Un géranium sorti brutalement de sa cave en plein soleil de mai attrape de vraies brûlures, des plaques blanches sur les feuilles qui gâchent le début de saison. Après quoi, jardinières garnies, il ne lui reste qu’à fleurir jusqu’aux prochaines gelées. Un pélargonium bien hiverné tient ainsi quatre ou cinq ans, de plus en plus trapu ; ensuite, il devient ligneux et fleurit moins — c’est le moment de le remplacer par ses propres boutures. D’autres gestes de saison vous attendent dans la rubrique jardin et plantes.
Vos questions d’hivernage, en bref
Mes géraniums peuvent-ils rester dehors sous un voile d’hivernage ?
Sur le littoral atlantique ou méditerranéen, souvent, oui : un voile posé sur des pots serrés contre un mur au sud gagne 2 à 3 °C, ce qui suffit là où il gèle à peine. Ailleurs, non — un voile ne fera jamais passer une nuit à −7 °C.
Toutes les feuilles sont tombées en janvier, c’est fichu ?
Pas forcément. Grattez délicatement l’écorce d’une tige avec l’ongle : si c’est vert et humide dessous, la plante vit et repartira. Si tout est brun, sec ou mou jusqu’à la base, là, c’est perdu.
Je n’ai ni cave ni garage, seulement mon salon. J’abandonne ?
Non, mais visez la pièce la plus fraîche et la fenêtre la plus claire, réduisez l’arrosage au minimum et attendez-vous à des tiges étirées, à retailler sévèrement en mars. La floraison suivante sera un peu moins généreuse, c’est tout.
Faut-il traiter avant de rentrer les plantes ?
Pas de produit systématique, mais une inspection sérieuse : pucerons sous les feuilles, aleurodes qui s’envolent quand on secoue le feuillage. Une plante habitée se douche au savon noir dilué et reste en quarantaine quinze jours, à l’écart des autres.
