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Économies & Anti-gaspillage

Le « batch cooking » ? Nos grands-mères le faisaient déjà le dimanche

Cuisine rustique un dimanche : cocotte qui mijote, plaques de légumes rôtis et bocaux de soupe alignés

Deux heures le dimanche, quatre dîners réglés dans la semaine. Voilà, résumée en une phrase, toute la promesse du fameux « batch cooking » que les magazines présentent comme la grande découverte de la décennie. Deux heures contre quatre soirées tranquilles : le calcul est vite fait.

Sauf que la découverte a au moins soixante-dix ans. Ma grand-mère Jeanne ne connaissait pas le mot, mais chaque dimanche, son fourneau tournait à plein régime : le pot-au-feu pour le midi, dont le bouillon faisait la soupe du lundi et la viande le hachis du mardi, pendant qu’une compote mijotait sur le coin du feu. On appelait ça « faire la cuisine du dimanche », tout simplement. Les boîtes en verre à clips ont remplacé les assiettes retournées sur les bols, mais le principe n’a pas bougé d’un centimètre.

Alors oublions le vocabulaire et les photos de meal prep alignées au cordeau. Voici comment organiser une vraie cuisine du dimanche, sans tableur et sans épuisement.

Le menu d’abord, les courses ensuite

L’erreur des débutants, c’est de cuisiner d’abord et de se demander ensuite ce qu’on va en faire. Tout part du menu. Le samedi, prenez cinq minutes avec un papier et écrivez quatre dîners pour la semaine. Quatre, pas sept : vouloir tout prévoir du lundi au dimanche est le meilleur moyen d’abandonner au bout de trois semaines, parce qu’il restera toujours un imprévu, un reste à finir, une invitation. Quatre dîners planifiés, c’est déjà une semaine transformée.

De ce menu découle la liste de courses, et de la liste découle le budget. C’est exactement la logique du panier que je décrivais dans ma méthode pour faire ses courses malin : on achète ce que le menu demande, pas ce que le rayon suggère. Et on laisse la saison décider des légumes, ce qui arrange à la fois le goût et le porte-monnaie.

Choisir des plats qui aiment attendre

Tout ne se prête pas à la cuisine d’avance, et autant le savoir avant de remplir le réfrigérateur de déceptions. La règle est simple : les plats mijotés s’améliorent en attendant, les plats minute se dégradent.

  • Se bonifient franchement : bœuf aux carottes, blanquette, ratatouille, lentilles, chili, soupe, daube, sauce tomate. Réchauffés le surlendemain, ils sont meilleurs que le jour même, les saveurs ayant eu le temps de se marier.
  • Tiennent très bien : légumes rôtis au four, céréales cuites (riz, quinoa, petit épeautre), légumineuses, gratins, quiches.
  • Ne tiennent pas, inutile d’insister : pâtes cuites nature (elles gonflent et collent), salades assaisonnées, fritures (qui ramollissent), poisson blanc réchauffé deux fois.

Mon conseil pour débuter : deux plats complets qui se bonifient, plus deux « bases » à assembler dans la semaine, comme une grande plaque de légumes rôtis et une casserole de riz. Les bases se déclinent : en accompagnement le lundi, en salade tiède le mercredi, dans une poêlée le jeudi. On cuisine une fois, on mange trois choses différentes.

Panier de légumes de saison, bocaux vides et ardoise posés sur une table avant la cuisine du dimanche
Le menu d’abord, les courses ensuite : quatre dîners suffisent pour changer la semaine.

La grande cuisson du dimanche : l’ordre des opérations

Le secret d’une session qui tient en deux heures, c’est l’enchaînement. Tout ce qui demande du temps sans demander votre présence démarre en premier :

  1. Allumez le four dès le début : la plaque de légumes rôtis et le gratin cuisent ensemble, à même température.
  2. Lancez le mijoté dans la foulée : une fois les oignons revenus et le liquide versé, il ne réclame qu’un coup d’œil de temps en temps.
  3. Pendant que tout cuit, faites partir le riz ou les lentilles sur le feu restant.
  4. Les vingt dernières minutes servent aux découpes du lendemain et à la vaisselle, faite au fil de l’eau pour ne pas finir devant une montagne.

Bon. Deux heures, c’est le rythme de croisière, pas celui du premier dimanche. La première fois, comptez plutôt trois heures, le temps de trouver vos marques. Et ne visez jamais plus de quatre préparations : au-delà, la cuisine tourne à l’usine et le plaisir s’évapore, ce qui condamne la suite.

Refroidir, ranger, congeler sans se tromper

La conservation fait toute la différence entre une semaine sereine et un gâchis. Trois règles d’or. Un : on laisse tiédir avant de mettre au froid, mais pas plus de deux heures à température ambiante. Deux : les plats cuisinés se gardent trois jours au réfrigérateur ; ce qui sera mangé après mercredi part au congélateur dès le dimanche soir. Trois : on étiquette tout, nom du plat et date, parce qu’on croit toujours qu’on se souviendra, et qu’on ne se souvient jamais.

Congelez en portions, pas en bloc. Je parle d’expérience : ma première ratatouille d’avance a fini en un pavé de deux kilos, impossible à décongeler pour deux personnes sans tout ressortir. Depuis, je remplis des bocaux ou des boîtes de la taille d’un repas, en laissant deux bons centimètres de vide en haut des bocaux en verre, car le contenu gonfle en gelant. Un couvercle qui saute dans le congélateur, ça n’arrive qu’une fois.

Portions de mijoté, de soupe et de légumes rôtis en bocaux rangées dans un tiroir de congélateur
Des portions repas étiquetées, jamais un grand bloc : la congélation qui sert vraiment.
Le truc de Colette : accrochez une ardoise sur le congélateur, avec la liste de ce qui dort dedans. On raye ce qu’on sort, on ajoute ce qu’on range. Un plat congelé oublié huit mois est un plat gaspillé, et l’ardoise coûte moins cher qu’un inventaire trimestriel en gants de laine.

Ce que ça change vraiment sur le budget

Parlons chiffres, honnêtement. L’économie ne vient pas d’un ingrédient miracle, mais de trois effets cumulés : on n’achète plus de plats préparés ni de livraison « parce qu’il est 19 h 30 et qu’il n’y a rien », on gaspille beaucoup moins puisque chaque achat a une destination, et on cuisine des bases bon marché (légumineuses, céréales, légumes de saison) qui remplacent des produits transformés chers. Selon les habitudes de départ, cela représente couramment 10 à 20 euros par semaine pour un foyer de deux à quatre personnes. Sur l’année, faites le calcul.

Ce que la cuisine du dimanche ne fera pas, en revanche : des miracles si vous investissez d’abord dans quinze boîtes hermétiques neuves et des ingrédients d’épicerie fine. Commencez avec vos bocaux vides et vos casseroles. L’esprit anti-gaspillage va plus loin d’ailleurs : les épluchures et les verts de poireaux de la session du dimanche font un bouillon ou un pesto de fanes qui ne coûte rien. C’est toute la philosophie de ma rubrique économies et anti-gaspillage : la vraie économie se cache dans ce qu’on ne jette plus.

On récapitule ? Trois questions pratiques

Peut-on vraiment tout congeler ?

Presque tout, avec quelques exceptions notables : les pommes de terre cuites deviennent farineuses et granuleuses (sauf en purée ou en soupe mixée), les sauces à la crème tranchent souvent au réchauffage, et les crudités ne s’en remettent pas. Les mijotés, soupes, gratins et légumes cuits, eux, se congèlent admirablement deux à trois mois.

Les plats cuisinés le dimanche sont-ils encore bons le jeudi ?

Au réfrigérateur, visez trois jours maximum pour un plat cuisiné maison. Le jeudi, on mange donc ce qui sort du congélateur, décongelé la veille au soir dans le réfrigérateur. C’est justement l’intérêt de congeler une partie dès le dimanche.

On ne se lasse pas de manger « du réchauffé » ?

Pas si vous variez les bases plutôt que les plats finis. Un même riz devient cantonais, salade tiède ou accompagnement selon la sauce et les épices du soir. Et un bon mijoté réchauffé n’a de « réchauffé » que le nom : demandez à n’importe quel amateur de bœuf aux carottes quel jour il le préfère.

Portrait de Colette Marchand
L'autrice
Colette Marchand

Passionnée d'astuces de grand-mère depuis toujours, Colette a grandi entre les bocaux de conserves de sa grand-mère Jeanne et le savon de Marseille de sa maman. Depuis plus de quarante ans, elle teste, note et peaufine les trucs du quotidien qui marchent vraiment : ménage au naturel, cuisine anti-gaspillage, jardin nourricier et petites économies pleines de bon sens. Sur Astuces Trucs, elle ouvre son carnet de famille et le complète au fil de ses essais — une astuce à la fois, toujours vérifiée dans sa propre maison.

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