« — Je l’ai à peine enfilé, il a filé. Neuf euros les trois paires, autant jeter les billets par la fenêtre. — Vous avez essayé le congélateur ? Ma fille ne jure que par ça. » Cet échange, je l’ai surpris à la caisse d’une mercerie, et il résume tout : les collants qui filent nous coûtent une petite fortune, et les remèdes qui circulent mélangent le très efficace et le parfaitement farfelu. J’ai trié, testé, comparé. Voici le vrai du faux.

« Le vernis transparent stoppe net une maille filée » : VRAI
C’est le grand classique, et il est mérité. Dès qu’une échelle apparaît, déposez une petite goutte de vernis incolore à chaque extrémité de la maille filée, laissez sécher une minute avant de bouger. Le vernis soude les mailles et empêche l’échelle de courir plus loin. Attention tout de même : c’est un garrot, pas une greffe — la maille est stoppée, pas réparée. Le collant finira sa vie sous un pantalon ou une robe longue. En dépannage loin de chez vous, un savon sec frotté sur l’échelle fait un garrot provisoire honorable, le temps de la journée.
« Une nuit au congélateur les rend incassables » : FAUX
La légende dit qu’il faut humidifier ses collants neufs, les glisser dans un sachet et les passer une nuit au congélateur pour « resserrer les fibres ». Je l’ai fait, très sérieusement : deux paires identiques, une congelée, une non, portées en alternance pendant un mois. Résultat : strictement aucune différence — les deux ont fini par filer, la même semaine, au même endroit (l’angle du lave-vaisselle, si vous voulez tout savoir). Rien d’étonnant : le froid ne modifie en rien la structure du polyamide et de l’élasthanne. Une légende à ranger au congélateur, justement.
« La laque fixe les mailles et les renforce » : FAUX (ou si peu)
Vaporiser de la laque sur ses jambes gainées, autre recette qui traverse les générations. À l’usage : le film rigidifie très légèrement la surface, colle, attire la poussière, et disparaît au premier lavage. Sur une échelle déjà partie, elle freine moins bien qu’une goutte de vernis. L’effet n’est pas nul, mais il est trop faible et trop bref pour mériter le nuage collant. Passons.
« Un collant qui file, c’est souvent une question de taille » : VRAI
On l’oublie, et c’est pourtant la première cause d’usure prématurée : un collant trop petit vit en tension permanente, et la moindre pression le fait céder. Consultez vraiment la grille taille/poids au dos du paquet — dans le doute, prenez la taille au-dessus. Le chiffre des deniers compte aussi : un 15 deniers est un voile fragile par nature, un 40 deniers ou plus supporte la vie quotidienne. Et le rituel d’enfilage fait le reste : assis, jambe du collant froncée en accordéon sur les pouces, on déroule doucement — bagues ôtées et ongles accrocheurs limés, car neuf accrocs sur dix naissent à ce moment précis.
Dernier réflexe de bon sens : faites tourner deux ou trois paires plutôt que de porter toujours la même. L’élasthanne a besoin de vingt-quatre heures pour reprendre sa forme entre deux ports ; une paire portée deux jours de suite reste distendue, frotte davantage, et file plus vite. C’est le même principe que pour les chaussures — le repos prolonge la vie.

« Le filet de lavage, c’est du marketing » : FAUX
C’est tout l’inverse : le tambour n’abîme pas tant les collants que ce qui tourne avec eux — fermetures éclair, agrafes de soutien-gorge, boutons. Le filet à mailles fines (ou une simple taie d’oreiller nouée) les isole de ces griffes. Programme délicat à 30 °C, essorage réduit, et jamais, jamais de sèche-linge : la chaleur cuit l’élasthanne et le collant perd son élasticité pour de bon. Séchage à plat ou sur un cintre, loin du radiateur. Les plus précieux se lavent à la main à l’eau tiède, avec la même douceur que les lainages fragiles dont je vous parlais ici.

Trois points à éclaircir
Combien de temps « doit » durer une paire ?
Soyons honnêtes : un 15 deniers porté régulièrement, c’est quelques sorties, même bien traité. Un 30 ou 40 deniers lavé en filet tient une saison entière sans difficulté. Si vos collants épais filent en quelques ports, cherchez le coupable ailleurs : taille trop juste, ongle du gros orteil, ou une aspérité dans vos chaussures.
Comment les ranger sans les abîmer ?
Roulés en escargot, chacun séparément, dans une boîte ou un tiroir dédié — jamais en vrac avec les soutiens-gorge à agrafes ni près d’un velcro. Une armoire bien organisée prolonge les collants autant que le lavage soigné.
Et les paires filées, on les jette ?
Surtout pas ! Ma grand-mère suspendait ses oignons dans de vieux bas à la cave — un oignon, un nœud, un oignon — et ils passaient l’hiver sans germer. Un collant filé fait aussi un lien de tuteur qui ne blesse pas les tiges des tomates, un sachet pour un savon entamé, un chouchou de fortune ou un filtre à peinture. Le fil de leur vie continue ailleurs, et vous trouverez d’autres idées du même genre dans ma rubrique linge & vêtements.
